Voiture autonome : bonne idée ou désastre pour l'environnement ?

Le 12.10.2022

La voiture autonome est une voiture capable d'aller d'un point A à un point C sans permis B. Dépourvue de volant et de pédales, elle sera capable de conduire un aveugle par simple dictée vocale de l'adresse. De nombreux prototypes existent déjà, guidés par un GPS ultra précis et se coulant dans le trafic grâce à une batterie de radars et capteurs.

Véhicules autonomes : catastrophe environnementale ou solution durable ?

Ses effets positifs

Annoncée depuis des années comme une innovation technologique, la voiture autonome était décrite comme une solution pour résoudre les problèmes de mobilité posant ainsi les bases d’une transition écologique durable. Le gouvernement s’était d’ailleurs engagé vers cette transition technologique en publiant en décembre 2020 sa stratégie de développement. Les auteurs du rapport étudient les promesses et révèle leurs effets. Trois scénarios sont à prévoir :
- une mobilité individuelle grâce aux véhicules privés porté par les constructeurs automobiles - une mobilité à la demande s’appuyant sur des flottes de robot taxi porté par les grands acteurs du numérique - une mobilité collective porté par les opérateurs de transports en commun. Le rapport de l’Idrac présente le projet comme une « alternative écologique » pour la fluidité de la conduite, qui réduirait les émissions de carbone notamment lors des freinages et accélérations plutôt brusques.
De plus, un scénario de mobilité collective amplifiera les inégalités sociales entre ceux qui auront la capacité d’accéder à l’offre ou non. La multiplication des véhicules autonomes pourrait être à l’origine d’une évolution de la consommation d’énergie du parc automobile qui pourrait tourner au alentours des 200% et de l’étalement urbain.

Concernant les négatifs alors ?

Le projet se veut énergivore étant consommateur de ressources. Son déploiement reste pour le moment progressif (avec les 5 étapes). Les premiers véhicules 100% autonomes ne sont pas attendus avant 2050. Son déploiement massif ne pourra pas se faire à temps pour atteindre la neutralité carbone en 2050.
Cette technologie, pourrait être à l’origine d’effets à rebonds c’est à dire « l’augmentation de consommation liée à la réduction des limites à l’utilisation d’une technologie ». Ses effets sont multiples. L’environnement actuel étant conçu pour recevoir les véhicules traditionnels, il faudra repenser les structures routières, ce qui entrainera des coûts considérables.
Au niveau écologique, l’installation et du maintien de ces nouvelles technologies (capteurs, récepteurs, réseau 5G, stockage etc) favorisera l’augmentation de l’empreinte numérique et carbone. Par ailleurs, il est possible que ces structures soient limitées aux territoires dit « rentables », marginalisant ainsi les territoires éloignés les empêchant de participer à la transition.

Le bilan environnemental

Les voitures et carburant des voitures autonomes seront les mêmes que nos autos d'aujourd'hui, même si la proportion de voitures hybrides et électriques sera plus importante. D'ici quinze ans, on verra s'y ajouter des voitures à pile à combustible qui produisent leur électricité à partir d’hydrogène. Pour savoir dans quelle motorisation est il favorable d’investir nous vous invitons à consulter notre article Quelle voiture pour l'écologie ?. Les différentes sources d'énergie cohabiteront encore longtemps sur les routes et parmi les nombreux défis que doivent relever les ingénieurs, celui de faire le plein ou brancher la prise n'est pas le moindre... En effet, les premières voitures totalement autonomes seront des taxis ou des VTC et on n'imagine pas leurs passagers en faire le plein.
D’une part, elle arriverait trop tard par rapport à l’objectif européen d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. D’autre part, le développement de la mobilité autonome pourrait entraîner une hausse de la consommation énergétique des véhicules, voire d’autres externalités négatives pour l’environnement. La conduite autonome serait plus économe que la conduite humaine, car plus fluide, mais également parce que le véhicule pourrait être plus léger car les équipements nécessaires à la sécurité pourraient être allégés. Mais d’autres facteurs pourraient à l’inverse influencer à la hausse la consommation d’énergie des véhicules, en raison de multiples effets rebonds.
Les études recensées ne prennent généralement pas en compte que la consommation de carburant, laissant de côté la fabrication, l’installation, la maintenance, la consommation énergétique, le renouvellement et le recyclage des équipements et des infrastructures nécessaires au fonctionnement des véhicules autonomes. Sans oublier la production, l’échange et le stockage d’une masse très importante de données, ce qui représente par ailleurs un enjeu de protection de la vie privée. La voiture autonome risque donc d’être un désastre écologique lors de sa conception et même lors de son utilisation par le stockage de données.

L’élaboration d’un projet plutôt dingue

Les concepteurs sur le projet

Le projet de la voiture autonome devrait se réaliser en 5 étapes différentes.
Le premier, la voiture dispose d'aides, comme le régulateur de vitesse. Le second, des tâches sont automatisées, comme se garer, le freinage et le maintien sur la voie. Le 3ème, la voiture est semi-autonome, peut accélérer, freiner et doubler, mais le conducteur doit rester attentif. L’avant dernier, l’attention du conducteur n'est pas requise et n'a pas besoin de se concentrer, sur certaines routes, il y a toujours un volant et des pédales. Le cinquième et niveau final, la voiture n'a pas de volant ni pédale, l'attention du conducteur est inutile. Depuis le 1er Septembre 2022 le niveau 3 est autorisé en France.
De nombreux acteurs travaillent sur des projets de voiture autonome : constructeurs automobiles Audi, Toyota, Renault, Nissan, Peugeot, General Motors, Mercedes-Benz, ou encore Tesla mais aussi des équipementiers comme Valeo, Continental ou Bosch.
Dans l’actualité, Volkswagen et Bosch s’allient pour dépasser Tesla. Les deux partenaires développeront également un système de niveau 3 sur autoroute. Ce niveau d'autonomie, le plus avancé actuellement, disponible dans certaines voitures haut de gamme, permet au conducteur de détourner son regard de la route et de céder au véhicule l'intégralité de la conduite. Le conducteur garde toutefois la possibilité de reprendre la main а tout moment et doit intervenir dans un certain laps de temps si le véhicule le demande. La possibilité de développer un système de conduite entièrement automatisée, de niveau 4, sera « évaluée ». Le potentiel de la voiture autonome est énorme, avec quelque 64 % des véhicules vendus en 2030 qui auront des fonctions autonomes de niveau 2 ou supérieur.

Les ressources nécessaires

Les investissements nécessaires se chiffrent en dizaines ou centaines de millions d’euros et se feraient au détriment du développement de mobilités « plus douces et plus inclusives », mais aussi de la création d’emploi dans le secteur des transports. La France occupe déjà une place importante dans le développement de la mobilité automatisée avec, notamment, la mise en place d'un programme national lancé en 2019, bénéficiant d'un soutien public de 42 Millions d’Euros. Les véhicules autonomes nécessitent des routes qui leurs sont adaptées avec encore un investissement supplémentaire.
De plus, le véhicule fonctionne avec un logiciel qui nécessite un stockage de données. Un centre de données (en anglais data center ou data centre), ou centre informatique est un lieu (et un service) où sont regroupés les équipements constituants d'un système d’information devra être dédié spécifiquement aux voitures autonomes.

Pour conclure globalement

Il semble ainsi que ces véhicules autonomes ne prennent de sens que dans l'hypothèse d'une utilisation en mode de transport collectif et non d'individus isolés et selon les types de trajets réalisés (embouteillés, long ou non) au risque de courir à une n-ième (mauvaise) surprise écologique… Dans ces circonstances et utilisations le développement de ce moyen de transport ferait sens.