Télétravail et baisse d'émissions pour l'environnement, pas si sûr...

Le 15.01.2021

La crise sanitaire et le confinement ont ancré le télétravail dans le mode de vie de beaucoup de Français. L'agence de la transition énergétique (ADEME) a mené l'enquête sur cette tendance de fond et a révélé des effets rebonds qui montrent que le télétravail n'est pas toujours positif pour l’environnement. Des astuces sont dévoilées pour que tous les télé travailleurs puissent rendre plus écologique leur façon de travailler.

Les aspects positifs du télétravail exposés

Le télétravail à pu faire constater certains changement qui s’avèrent positifs sur l’environnement, notamment les émissions de CO₂. La diminution du transport en voiture, est le bénéfice environnemental du télétravail le plus connu. C’est indiscutable : sur une journée d’un salarié, le télétravail fait baisser de 69% son nombre de déplacements, selon l’ADEME.
En 2020, année de confinement COVID où un grand nombre d’entreprises n’a pu avoir d’autres choix de que recourir au télétravail, on a noté une diminution de 65% des déplacements entre le domicile et le travail et une diminution de 35% des distances parcourues. L’ADEME a alors estimé le bénéfice environnemental de 271 kg e-CO₂ ainsi qu’une réduction de 3300 tonnes de CO₂. Dans son étude, l'ADEME a alors expliqué : « Le télétravail offre donc un potentiel considérable de réduction de la mobilité avec des effets favorables sur la congestion et les émissions de gaz à effet de serre et polluants ».
D’autres points du télétravail sont très favorables envers l’environnement, comme :

- Un accroissement de l’équipement numérique
- Une augmentation des week-ends de villégiature
- L'éloignement du domicile (relocalisation du lieu de vie)
- Une réduction des déplacements professionnels
- Une extension des domiciles privés
- Une réduction de la congestion de la congestion routière

La face cachée de ce nouveau mode de vie

Télétravail et baisse d’émission de carbone : compatibles ?

En conséquent les déplacements sont par définition “supprimés“. Pourtant, si le télétravail permet une réduction jusqu’à 31% des émissions de CO₂, celles-ci peuvent augmenter de 52% selon ses nouvelles habitudes. L’équivalent de 271kg de CO₂ par an sont dégagés par 4 mécanismes dont les incidences peuvent aussi bien être positives que négatives :
1 - Les étapes du trajet domicile-bureau maintenus (école, poste…)
2 - Des déplacements supplémentaires (courses, sport…)
3 - Des flux vidéos + importants (visio-conférence)
4 - Des consommations énergétiques supérieurs (chauffage, lumière, pc…)

Le télétravail et la pollution numérique

Dans l’ère numérique, étonnamemment, plus on « dématérialise », plus on utilise de matière et d’énergie. La pollution numérique est la pollution engendrée par le fonctionnement du réseau Internet. Le principal point noir du télétravail est évidemment la pollution numérique générée par un travail totalement digital.
A partir de mars 2020, au premier confinement, avec toute la mise en place du télétravail qui était jusque là inhabituelle à cette échelle, nous avons pu observer 30% d’augmentation de la consommation internet et des données mobiles. C’est aussi, 20% d’augmentation pour le streaming (visionnage de vidéos en ligne). Ces augmentations portent les émissions de gaz à effet de serre à environ 4% des émissions mondiales !
Pourquoi y’a t’il eu une augmentation aussi élevé ?

En premier lieu, parce que tous les équipements informatiques consomment énormément d’électricité. Cela est expliqué par l’utilisation fréquente et élevée des appareils électrique que l’on recharge donc beaucoup plus souvent.
Aussi, toutes les données qui nous sont transmises pour travailler, sont des données stockées par chacun de nos appareils sur un cloud et se retrouvent en réalité dans un Datacenter qui lui est très énergivore. En plus de consommer de l’électricité pour les maintenir en activité 24h/24 et 7j/7, ils produisent beaucoup de chaleur, il faut donc les refroidir par climatisation, immersion dans l’eau, pompage de l’air… donc par des solutions diverses mais qui demandent une très forte consommation d’émission de CO₂.

Quelques actions chiffrées

En moyenne, une visioconférence a une empreinte carbone moyenne d’1g par minute et par participant. Pour une réunion virtuelle de 10 personnes durant une heure et demi, c’est près d’un kilo d’équivalent CO₂ qui est émis. Soit l’équivalent d’un trajet de 8 km en voiture...
Saviez-vous que si on pouvait comparer internet à un pays, il serait le 3ème consommateur mondial d’électricité après la Chine et les Etats-Unis. En effet, selon plusieurs études 7 à 10% de l’électricité mondiale serait consommée par Internet seul.
S’il est accompagné d’une pièce jointe d’1 Mo, un mail émet 19 g de Co₂. Cet impact pris individuellement semble faible mais lorsque l’on sait que 34 millions mails sont envoyés toutes les heures sans compter les spams, les conséquences deviennent tout d’un coup beaucoup plus importantes. Cela correspondrait à l’équivalent de 14 tonnes de pétrole.

Envoyer 12,3 mails par jour pendant un an (4 500 mails) pollue autant que de parcourir 100 km en voiture (18kg de CO₂ pour 100 km). En effet, un mail consomme en moyenne 4g de CO₂. Si un individu envoie une douzaine de mails par jour pendant un an, il consommera l’équivalent de 17,9 kg de CO₂.
Les Data Centers qui sont essentiels au bon fonctionnement des transmissions de données du télétravail consomment en moyenne en France 5,15 MWh/m2/an. En outre, Data Center de 10 000 m2 consomme en moyenne autant qu’une ville de 50 000 habitants sachant que 40% de cette consommation électrique est utilisée uniquement pour les refroidir.
Pour continuer sur des données chiffrés de la pollution numériques, voici quelques exemples de chiffres sur les objets connectés et certaines de leur utilisation qui sont eux aussi de gros polluants.
En effet, les objets connectés génèrent а eux seuls 39% des émissions de gaz а effet de serre du domaine du numérique. Ils contribuent également а hauteur de 76% а l’épuisement des ressources naturelles non renouvelables du monde.
La production d'un téléviseur exige d'extraire 2,5 tonnes de matières premières, et génère 350 kg de CO₂. Autrement dit, avant même d’être utilisé, un téléviseur émet autant de CO₂ que si vous alliez à Marrakech en avion. Plus on complexifie les équipements, plus on alourdit leur impact sur l’environnement, notamment avec l’exemple d'un écran 4K de 60 pouces, qui avec la fabrication pèsera bien plus lourd sur les écosystèmes qu’un téléviseur de 30 pouces.
La consommation mondiale de streaming vidéo émet 300 millions de tonnes de CO₂ dans le monde chaque année. Cela correspond а la pollution numérique d’un pays comme l’Espagne ! Regarder une heure de vidéo consomme autant d’électricité qu’un réfrigérateur pendant une année.

Astuces pour réduire son empreinte carbone en télétravail

1- Choisir le bon outil (son application de partage et de réunion en ligne)
2- Privilégier l’audio (limiter l’utilisation de la vidéo uniquement pour les présentations)
3- Wifi first (Réalisez vos visioconférences sur ordinateur et surtout sur un réseau wifi, nettement moins énergivores que la 4G (ou la 5G pour les plus chanceux).
4- New is old (Selon l’ADEME, les équipements (de leur fabrication à leur fin de vie) représentent à eux seuls 45% des émissions de gaz à effet de serre de l’industrie du numérique et cela n'améliore pas votre bilan carbone personnel. Faire réparer ses anciens appareils numériques, acheter du reconditionné, utiliser le matériel déjà existant au bureau seraient d’autres solution permettant de mettre le recyclage au centre de ces décicions.
5- Penser à trier vos mails et vider la corbeille pour éviter le stockage massive de données inutiles
Les entreprises elles aussi peuvent aussi avoir recours à des astuces pour avoir une conscience écologique tout en continuant d’utiliser le télétravail :

- Passer а l’edge computing
- Axer son développement
- Limiter les données
- Repenser le stockage des données